Extraits de presse

 

4 étoiles

Une femme à Berlin est remarquablement écrit. On est face à une parole intime, lucide et bouleversante. Parole que Brigitte Haentjens met en scène avec beauté et sobriété. Du grand art!

Le récit est livré par un quatuor d’actrices formidables. Elles forment quatre instruments taillés sur mesure pour faire résonner cette délicate partition. Leurs voix donnent au spectacle une musicalité froide et grave, propice à la résilience du témoignage.

Avec ses collaborateurs, Brigitte Haentjens signe une œuvre d’art parfaitement maîtrisée. L’efficace scénographie d’Anick La Bissonnière représente un imposant mur gris, balafré au centre, faisant écho à la blessure intime autant que collective des Allemandes. Le décor est tamisé par la belle et sombre lumière d’Etienne Boucher.

Madame Haentjens dirige ses interprètes avec doigté et sensibilité. Pas l’ombre d’un soldat russe sur la scène… Et pourtant, dans les scènes d’agression, on sent leur haleine, leurs grosses mains qui pétrissent la chair des femmes, leurs déhanchements saccadés avant la jouissance.

Encore là, l’intelligence de la mise en scène évite le voyeurisme ou le sordide, au profit de l’évocation et de l’ambiguïté psychologique.
Luc Boulanger, La Presse

 

Un spectacle d’une maîtrise bouleversante.

À l’importance du témoignage, indéniable, s’ajoute une véritable langue, précise et souple, jamais complaisante, jamais sensationnaliste, jamais mélodramatique. De cette partition, la directrice de la compagnie Sibyllines fait un spectacle sans compromis.

Le plus beau parti pris, c’est sans contredit celui de confier cette parole individuelle à quatre voix, quatre corps. Sur scène, quatre femmes qui n’en font qu’une. Cela traduit l’ampleur de la situation, la dimension collective de la tragédie et la diversité des histoires, mais aussi la solidarité des femmes entre elles. Formidables, Evelyne de la Chenelière, Sophie Desmarais, Louise Laprade et Évelyne Rompré incarnent différentes facettes de Marta, mais elles deviennent aussi, le temps d’un geste ou d’une phrase, les autres protagonistes du récit, masculins ou féminins, bienveillants ou non.

Devant un grand mur balafré, balayé par la fumée et la lumière crue des bombes, le quatuor s’exécute avec une précision admirable, coupant les ponts avec le réalisme sans jamais être désincarné. On retrouve avec bonheur le phrasé des mots et des corps, le langage scénique distinctif de Haentjens, celui-là qui nous parle si puissamment de notre monde sans jamais le reproduire. Ainsi, la représentation est au plus près des enjeux du texte, des idées et des émotions qu’il charrie. Rien pour s’oublier, rien pour se divertir, rien pour s’évader. Tout pour se rencontrer comme espèce.
Christian Saint-Pierre, Le Devoir

 

Du journal de Marta Hillers, Brigitte Haentjens a tiré un spectacle de théâtre bouleversant, sidérant, sombre et lumineux à la fois. En choisissant de morceler la parole de l’auteure, de la distribuer entre quatre femmes, elle rend ses propos universels. Cynisme, dérision, humour noir et dignité traversent le texte comme un appel à la résistance. À la résilience.

Misant sur l’évocation et fuyant un réalisme qui aurait été insoutenable, la mise en scène efficace et précise agit dans un grand dépouillement, qui magnifie la parole de cette femme, de toutes ces femmes violentées, massacrées, mais qui se tiennent debout devant l’adversité.

L’univers créé par Anik La Bissonnière, un haut mur aveugle déchiré d’une brèche rocailleuse, traduit l’enfermement des femmes dans la cave. Les ombres portées des silhouettes sont minuscules dans l’immensité grise et nue, elles racontent très justement la solitude et la vulnérabilité.

En sortant du théâtre, on voudrait crier « plus jamais ça ».
Michelle Chanonat, revuejeu.org

 

Haentjens a décidé de multiplier la voix de Marta Hillers: Evelyne de la Chenelière, Sophie Desmarais, Louise Laprade et Évelyne Rompré se partagent cette parole qui est en elle-même multiple, car là est la force du témoignage de Hillers; il est à la fois singulier et pluriel. Ce journal ne se transforme donc pas en monologue: la parole se libère, s’amplifie, le témoignage s’étend à l’universel.

L’adaptation du texte, signée Jean Marc Dalpé, témoigne d’un travail dramaturgique de grande qualité, mêlant les voix et les langues – le russe, l’allemand et le français – pour aboutir en une charge de près de deux heures qui ne s’essouffle pas. Les actrices soutiennent ce texte qui est tout sauf évident, tant il est lucide, tant il a intellectualisé le viol, car c’est bien de ça qu’il est question.

Cette parole qui est claire, cette langue qui est ample, les actrices la portent en tête avec un mouvement du corps décalé, s’inscrivant dans la lenteur et le saccadé. Le contraste parvient à souligner l’essence même du texte, le besoin nécessaire de séparer le corps et l’esprit, sans quoi elle ne pourrait continuer.

Sur scène, un immense mur occupe tout l’espace, campant facilement – mais aussi futilement – le Berlin de l’époque. Futile parce que le texte est si fort, et le rendu si franc, qu’avec ou sans décor, le lieu est posé par l’atrocité de ce qui s’y déroule. Les éclairages parviennent à créer une division dans le temps, un temps théâtral qui s’écoule lentement et transforme le spectateur en otage de l’effroyable.

Après cette pièce qui résonne comme une charge, catapultant le public dans l’une des pires barbaries qui soient, on reste interloqué. Cette pièce devrait être une claque en pleine gueule, le texte étant à lui seul un cauchemar éveillé. La transformation de ce dernier par Haentjens est le résultat d’un objet d’une grande théâtralité.
Jérémy Laniel, Voir

 

4 étoiles

La mise en scène est d’une telle maîtrise que le spectateur sort de la représentation totalement transporté par ce courant électrique qui traverse chaque scène.

Pensée magnifiquement féministe que nous livre une Brigitte Haentjens plus vive et lucide que jamais, manipulant l’espace théâtral avec une fulgurante poésie des gestes. Le chœur grec est convoqué par moments, magistral, captant la douleur avec une intense fébrilité, l’expérimental prend d’assaut l’espace horizontal pour mieux exprimer l’indicible; et grâce à une scénographie impeccable, un mur au fond de la scène, blafardé, comme si une blessure lui avait traversé le cœur et percé l’esprit.

Pièce hautement conceptuelle, vibrante d’actualité, Une femme à Berlin bénéficie aussi de la présence de comédiennes formidables, des courageuses, des pasionarias de la désobéissance intérieure, toutes convaincues de leurs rôles aussi souverains qu’interventionnistes, en parfaite harmonie complice.

Et dans tout ce capharnaüm de psychologie et d’abandon, d’espoirs et de déroutes, de refus catégorique de la mort, ce qui ressemble à une antithèse du Journal d’Anne Frank gagne le pari de laisser le spectateur conquis par tant d’intelligence. Chose rare de nos jours.
Élie Castiel, revuesequences.org

 

Sophie Desmarais semble enfiévrée. Le niveau d’énergie dont sont investies les actrices ne baisse d’ailleurs pas vraiment d’intensité pendant les 105 minutes que dure la pièce, et on n’y entend pas beaucoup de silences. Une performance certes exigeante, spécialement quand on considère le très lourd sujet de fond.

Quatre actrices devant un mur, jouant le même personnage: voilà une façon tout à fait inattendue et originale de raconter cette histoire essentielle.

Louise Laprade, Evelyne de la Chenelière et Évelyne Rompré jouent admirablement chacune dans un registre différent, tout en étant à la fois uniques et dépassées par les évènements qui les bousculent.
Pierre-Alexandre Buisson, La Bible Urbaine

 

Pour les gens qui cherchent des émotions fortes, qui veulent être bouleversés, vous devez voir cette pièce-là. C’est une immersion incroyable. Chapeau à la metteure en scène Brigitte Haentjens. Je vous invite fortement à aller vivre ça. Vous allez sortir de là assez remués.
Émilie Perreault, Puisqu’il faut se lever, 98,5 FM

 

Cette Femme à Berlin, c’est à la fois une ode à la résilience, mais aussi un témoignage de l’hommerie dans sa plus simple expression. Le conflit entre la haine et la raison dans les ruines de la capitale de la haine. Le récit poignant d’une femme livrée à elle-même contre la Brute masculine. Quatre femmes unissant leur voix pour dénoncer l’horreur.
Hugo Prévost, pieuvre.ca

 

Je voudrais souligner le travail des comédiennes qui sont sur scène. Le rôle principal, c’est Sophie Desmarais qui l’incarne avec beaucoup de force. Evelyne de la Chenelière est particulièrement troublante.

On a fait un excellent travail au niveau de la traduction et de l’adaptation. Troublant.
Katerine Verebely, Gravel le matin, ICI Radio-Canada Première

 

Brigitte Haentjens a un don très affirmé pour diriger des actrices.

Evelyne de la Chenelière est aussi bonne actrice qu’elle l’est comme auteure. Bien que succinctement, Évelyne Rompré ne manque pas non plus de présence dans sa prestation. Mais c’est Louise Laprade, avec toujours ce on ne sait quoi de touchant chez elle et dans son jeu sans âge, qui ferme le quatuor.

Ainsi rendue en trois langues – français, allemand et russe -, la pièce gagne en authenticité. Les quatre comédiennes ponctuent le récit avec rage, dénonciation, et affirmation.
Gilles G. Lamontagne, Sorstu.ca

 

Le spectacle de la metteure en scène Brigitte Haentjens est frappant de justesse. Bien que bouleversant, le récit est livré avec sang-froid et même une certaine froideur. Il faut dire que l’auteure témoigne avec une parole certes intime, mais surtout une lucidité telle que le spectateur demeure bien souvent extérieur au drame.

Démultipliée par la mise en scène, la voix de l’auteure est portée avec talent et sobriété par quatre actrices qui embrassent le texte de tout leur corps. La voix évoque avec force toutes ces voix que l’on contraint au silence, par honte ou désintérêt. C’est toutefois par le corps des actrices qu’on sent la violence de l’intime, l’outrage de la morale… mais aussi l’humanité qui point. La foi en la vie continue de briller à travers la résilience de ces femmes, qui parviennent encore à rire.

Malgré tout, la figure centrale de Marta Hillers, celle d’une femme forte qui refuse, en dépit des circonstances, d’être considérée en victime, fait d’Une femme à Berlin un spectacle qui vaut la peine d’être entendu.
Daphné Bathalon, MonThéâtre.qc.ca

 

Même si elles jouent le même rôle, chacune des interprètes apporte sa propre couleur, sa résilience, sa vulnérabilité et sa ténacité. Sophie Desmarais offre une partition élégante et crédible. Alors qu’Évelyne Rompré affiche une magnifique fragilité lorsqu’elle ne se transforme pas en soldat, Evelyne de la Chenelière, totalement investie, livre son texte avec une vérité et une intensité captivantes. La versatile Louise Laprade, de son côté, propose un jeu sobre qui fait sourire et émeut aux moments opportuns.

La mise en scène de Brigitte Haentjens laisse toute la place au texte. Par contre, ce dernier s’avère parfois trop dense tant il contient d’images. L’information est débitée rapidement, ce qui déroute le public par moments. Ceci dit, on salue l’idée d’incorporer aux textes des répliques en russe et en allemand.

Haentjens, brillante directrice d’acteurs, propose des choix scéniques pertinents qui rehaussent la portée dramatique de l’œuvre, à commencer par la manière sobre, mais farouchement efficace, d’illustrer les viols. De subtiles chorégraphies que les actrices effectuent avec une précision chirurgicale ponctuent la pièce. La cadence des talons martelant le sol procure autant d’effroi dans le dos que le bruit des bombardements.

Bref, Une femme à Berlin bouleverse grâce à l’instauration d’un climat oppressant, une mise en scène empreinte d’émotions et de rigueur qui traite d’un sujet délicat avec classe et franchise, et une distribution extrêmement juste.
Marie-Claude Lessard, MatTV.ca

 

Sophie Desmarais, Evelyne de la Chenelière, Louise Laprade et Évelyne Rompré donnent vie aux mots de Marta Hillers avec une troublante sincérité. Les comédiennes jouent un seul et même rôle fragmenté en quatre entités. Elles sont en parfaite symbiose, car quand l’une commence une phrase, l’autre la termine en écho. Une certaine musicalité s’en dégage qui contraste avec le vacarme incessant des obus. Ce choix de mise en scène peut surprendre, mais l’enchevêtrement de leurs voix est très symbolique. Elles incarnent toutes ces femmes abîmées par la guerre, seules et recluses, qui ont été brutalisées.

Sophie Desmarais est un peu le fil rouge de ce quatuor, son âge étant sensiblement le même que l’auteure au moment des faits. Sa Marta est à la fois forte et fragile, faisant même preuve d’une étonnante résilience face à l’infamie.

Une femme à Berlin ne porte pourtant jamais de regard larmoyant ou moralisateur sur cette période. Cet aspect se retrouve aussi dans la mise en scène de Brigitte Haentjens qui privilégie le dénuement à un décor trop racoleur, laissant à chacun le soin d’entrer dans la pièce avec ses propres repères. L’Espace Go offre en cela un bel espace de réflexion sur les dérives de la guerre.
Thomas Campbell, Mazrou.com

 

Bouleversant voyage dans le temps

Outre quelques irritants, l’adaptation d’Une femme à Berlin est somme toute très réussie. Marta Hillers était décrite comme une femme forte, lucide, drôle et cynique à la fois, ce que l’interprétation de Sophie Desmarais a parfaitement su illustrer, appuyée de ses trois collègues.

La scénographie et l’environnement sonore arrivent à nous faire percevoir la peur et le froid ressentis par les personnages. Un soin particulier a aussi été apporté aux costumes et aux coiffures pour compléter ce bouleversant voyage dans le temps.
Nancie Boulay, AlternativeRockPress.ca

 

Marta Hillers : une voix essentielle

Malgré plusieurs défauts, cette adaptation comporte plusieurs choix lumineux qui sauvent le spectacle. L’intervention insistante du russe indique jusqu’à l’incompréhension les chocs auxquels ces femmes se confrontaient dans une violence innommable, tandis que celle de l’allemand permet justement de se défaire d’un raccourci manichéen : la brutalité de la guerre sied du côté des humains, peu importe leur langue. De plus, la parole est exclusivement donnée aux femmes qui imitent d’ailleurs avec aise leurs prédateurs masculins (Évelyne Rompré et Evelyne de la Chenelière impressionnent quand leur corps se disloque pour personnifier un Russe). Ce choix devient particulièrement signifiant lorsque la présence inopinée d’un homme sur scène dérange autant le spectateur que le cours de la vie mouvementée de ces femmes désormais autosuffisantes. C’est ce qui explique la multiplication du personnage principal en quatre actrices, une stratégie qui rend justice à ce titre troublant de simplicité : s’il est question ici du journal d’Une femme à Berlin, ce partage du rôle souligne sans contredit le fait qu’il s’agit bien du sort des femmes du Berlin de l’époque.

En bref, c’est surtout la pertinence fracassante et toujours actuelle du texte qui fait d’Une femme à Berlin une pièce à voir : les nuances importantes qu’elle apporte aux discours dualistes et masculins sur la Seconde Guerre mondiale servent aujourd’hui à exposer la part historique de la culture du viol issue de la guerre, mais également véhiculée en temps de paix. Rares sont les pièces qui réussissent à procurer un urgent besoin de lire son texte d’origine pour se confronter à des enjeux qui, par les temps qui courent, ressemblent parfois à des tabous.
Nicholas Dawson, LesMeconnus.net