Evelyne de la Chenelière, 2014-2018

 

L’édifice du langage
Je souhaite déployer un geste artistique ample et lent.
Je souhaite donner au mot résidence son sens littéral en m’installant au théâtre comme dans une demeure d’écriture.
Je souhaite envisager l’écriture comme une activité manuelle et corporelle, en m’engageant physiquement dans l’effort vers la beauté.
Je souhaite explorer les manières de rendre compte de la transformation et de la progression de l’écriture, en rendant visibles les ratures et les corrections comme autant de couches de peinture.
Je souhaite maculer les lieux de mots, en donnant une dimension sensible et matérielle à l’écriture, pour que le poème s’épanouisse dans l’édifice.
Je souhaite rompre avec l’isolement propre au travail de l’auteur, en dévoilant ce qui demeure habituellement caché.
Je souhaite ainsi créer un lieu à la croisée de l’intime et du collectif, en ouvrant ce chantier d’écriture aux curieux.

L’écriture-paysage
Peut-on pour autant parler d’une représentation continue? D’une installation? D’une performance? Je ne sais pas le dire.
Je souhaite simplement donner accès à une écriture avant sa mise en ordre pour créer un espace infini d’interprétation, et rendre chacun responsable de créer son propre parcours dans l’écriture-paysage qui se dessinera.

Écrire de toutes mes forces
L’autre jour, un enfant de deux ans m’a parlé.
Je ne me souviens pas de la teneur de ses propos, mais je me souviendrai toute ma vie de son engagement dans l’exercice du langage.
Je me souviens que j’ai pensé, alors qu’il reprenait son souffle: il parle de toutes ses forces.
Ce n’était pas seulement le volume de sa voix qui était fort (au maximum de ce que lui permettaient son souffle et ses cordes vocales, me semblait-il), c’était son corps tout entier, investi dans l’effort de dire.
Il déployait une force vitale incommensurable pour trouver le mot qui ferait de lui un être entendu, compris.
C’était comme une main tendue par la langue, un geste d’ébauche, de tentative, d’acharnement, d’espoir.
J’ai le désir d’être comme ce petit garçon.
J’ai le désir d’écrire de toutes mes forces.

Evelyne de la Chenelière, 2014

Repères biographiques

Evelyne de la Chenelière se consacre au théâtre et à l’écriture depuis près de vingt ans.

Issue du Nouveau Théâtre Expérimental, elle aborde l’écriture dramatique comme un laboratoire de recherche, un atelier de fabrication d’où elle tire une partition destinée au plateau, un texte écrit pour traverser le corps des acteurs. Pourtant, ses pièces de théâtre, traduites et montées au Québec comme ailleurs dans le monde, sont aussi des œuvres littéraires, pleines et autonomes, qui interrogent la langue comme conditionnement de l’expression et de la pensée.

La pièce LUMIÈRES, LUMIÈRES, LUMIÈRES, créée dans une mise en scène de Denis Marleau à l’automne 2014, marque le début d’une résidence artistique de trois ans d’Evelyne de la Chenelière à ESPACE GO.

Le cœur de cette résidence fut un chantier d’écriture que l’artiste a déployé sur un mur du théâtre, dans un geste interrogeant le devenir et le recommencement.

Comme comédienne, Evelyne de la Chenelière a travaillé sous la direction de Jean-Pierre Ronfard, Alice Ronfard, Daniel Brière, Jérémie Niel, Brigitte Haentjens, Marie Brassard et Florent Siaud.

En 2011, elle publie son premier roman, La concordance des temps.

Le parcours d’Evelyne de la Chenelière est marqué par une recherche constante et un désir de questionner l’art vivant, tant par l’écriture que par le jeu. Son engagement total et global dans l’art a fait d’elle une artiste dont l’influence se fait ressentir dans le milieu théâtral et sa relève.

Collaborations artistiques

Durant sa résidence d’artiste, Evelyne de la Chenelière s’est entouré de collaborateurs et collaboratrices de différents horizons qui l’ont accompagné au cours des étapes de son chantier d’écriture.

Olivia Boudreau est une artiste de Montréal dont le travail s’intéresse à l’expérience de la perception à travers des installations vidéo, des films et des performances.

Daniel Canty a apporté ses connaissances dramaturgiques au projet de mise en lecture des mots du chantier d’écriture à la fin de la première saison.

Julien Éclancher, concepteur sonore, a créé une installation sonore qui accompagne les spectateurs durant leur lecture du mur, et ce, dès leur arrivée au Théâtre.

Max-Otto Fauteux, scénographe, a élaboré la structure d’écriture de la première couche et imaginé le mur de verre servant à la deuxième saison d’écriture.

Marlène Gélineau Payette, photographe, est un témoin privilégié du chantier d’écriture d’Evelyne et gardienne de sa mémoire.

Justin Laramée est à la fois comédien et auteur dramatique. En 2016, il a publié Nous reprendrons tout ça demain, une pièce inspirée du chantier d’écriture d’Evelyne.

David Ospina, photographe, a suivi Evelyne tout au long de la première saison du chantier d’écriture. Il en tiré un grand nombre de photos qui constituent une trace et un témoignage du chemin parcouru.

Morena Prats est interprète et dramaturge. En 2017, elle a présenté la performance CET INTERVALLE, une exploration du chantier d’écriture d’Evelyne.