David Ospina


REGARDS SUR LE CHANTIER D’ÉCRITURE

GO 15-16 Photo David OspinaDepuis un certain temps déjà, je nourris un projet à long terme dans lequel, par le biais de la photo, je cherche à capturer et à archiver le geste de création.

Peut-être pour le rendre plus concret, le démystifier, restituer le crédit du travail à l’artiste. Amplifier un moment précis arrêté par la photographie. L’artiste ou l’artisan intervenant sur la matière, l’instant où la création se concrétise dans l’objet observable. Le regard, l’environnement, le corps qui est investi dans le façonnement. Garder à tout prix une trace de l’acte de fabrication qui mène au partage qu’est celui de l’art.

C’est avec une grande joie que j’ai saisi l’opportunité offerte par l’équipe d’ESPACE GO et Evelyne de la Chenelière de photographier l’évolution de son Chantier d’écriture. Le reportage photographique a commencé lors du lancement de la saison 2014-2015 d’ESPACE GO, alors qu’elle travaillait déjà sur son installation. Presque instinctivement, je me suis approché d’elle pour prendre des photos.

Tout au long de cette première saison, j’ai visité le café-bar d’ESPACE GO à plusieurs reprises, question évidemment de suivre l’évolution du travail et le parcours d’Evelyne, de voir les couches qui s’accumulent. Rapidement, j’ai compris que les photos capturées s’inscrivaient nécessairement dans l’un ou l’autre de trois axes qui font écho à ma fascination pour le processus artistique :

Premièrement, le mur en lui-même. Scruter les détails, montrer les textures, l’espace occupé, les idées et les mots de l’auteure qui deviennent une œuvre plastique aussi intrigante et complexe qu’inévitable pour les visiteurs. Ces photos rendent compte de l’expérience de la découverte du mur telle qu’elle pourrait être vécue par le spectateur.

Deuxièmement, le travail d’Evelyne. Son implication physique, le geste concret de fabrication, son rapport à l’installation, à l’objet d’art, sa position face au mur. Les outils, les taches de peinture, les muscles crispés. L’acte d’écriture normalement si intime et intérieur qui devient public et observable, l’effort physique comme une métaphore palpable du tout aussi réel travail de l’imagination.

Troisièmement, le moment de contact si rare entre le spectateur de l’œuvre et sa mise au monde, au vu et au su de tous. Les observateurs observés, parfois furtifs dans le café-bar, qui deviennent des traces plus sombres se détachant sur la lumière du mur. Evelyne qui s’offre aux lecteurs de son mur sans la distance protectrice du texte imprimé, sans la convention de la scène. Images presque uniques d’une auteure se tenant littéralement debout devant son travail inachevé, prête à le partager ainsi parce que ça le rend vivant.

Il en résulte des centaines de photos, un regard esthétique posé sur une création audacieuse. Mais aussi simplement le désir de partager des images pour elles-mêmes, un trajet qui s’est tracé en parallèle à celui du mur, qui s’en est copieusement nourri. Résultat soulevé par l’inspiration qui vient avec l’unicité du moment.

David Ospina
Photographe
Vous pouvez suivre l’évolution de la collaboration avec David sur son blogue.

DAVID OSPINA
David Ospina est diplômé d’un baccalauréat en beaux-arts de l’Université Concordia, spécialisé en Production cinématographique (Mel Hoppenheim School of Cinema).

Dans les années suivant sa remise des diplômes, il a travaillé sur différents films indépendants, principalement comme cadreur et directeur photo. Ses projets le mèneront rapidement vers la photographie, médium auquel il se consacre désormais.

Pour lui, la photographie permet de cristalliser une réalité déterminée par le cadre. Ainsi le médium crée une connexion, le partage d’une réflexion sur les détails et les moments qui fabriquent nos vies, leurs importances relatives.

Il se spécialise dans le reportage culturel et le portrait. Il poursuit aussi différents projets artistiques, généralement en lien avec la mémoire, l’architecture, les processus de créations et la place de l’espace vide dans le tissu urbain. Il incorpore encore régulièrement la matière analogique dans sa pratique et ses recherches personnelles, instantané, pellicule argentique, film moyen format, lomographie.

Parmi ses influences, on retrouve les photographes Ramón Masats, Gabriele Basilico, Raymond Depardon et Bill Wood.