An 4 (2014-2015)

LUMIÈRES, LUMIÈRES, LUMIÈRES
Pour débuter sa résidence d’artiste à ESPACE GO, Evelyne de la Chenelière a manifesté le désir profond de revisiter Vers le Phare, le roman de Virginia Woolf qui l’habite depuis de nombreuses années et dans lequel la romancière scrute les profondeurs de l’âme en évoquant les pensées et les humeurs de ses personnages. Avec LUMIÈRES, LUMIÈRES, LUMIÈRES, Evelyne de la Chenelière puise à la collection d’intériorités et de voix tissées par Woolf et donne vie sur scène à deux personnages clés du roman : Madame Ramsay, qui cherche son bonheur dans le mariage et la famille, et Lily Briscoe, qui tient férocement à son indépendance pour pouvoir être peintre. Si ces deux femmes semblent avoir une conception du monde qui les oppose, et parfois violemment, elles partagent la même quête de beauté et de sens en fabriquant le réel et en interrogeant le temps. LUMIÈRES, LUMIÈRES, LUMIÈRES, c’est une capture d’instants qu’on voudrait éternels, pour mieux les saisir et pour révolutionner l’expérience.

Pour cette nouvelle création, Evelyne de la Chenelière a souhaité collaborer avec Denis Marleau, metteur en scène émérite, réputé à la fois pour son rapport fondamental au texte et à sa « singularité » et pour la précision de sa direction d’acteurs.

Texte : Evelyne de la Chenelière, à partir de Vers le Phare de Virginia Woolf
Mise en scène et conseil à la dramaturgie : Denis Marleau
Collaboration artistique et conception vidéo : Stéphanie Jasmin

Avec Anne-Marie Cadieux + Évelyne Rompré

Du 11 au 6 décembre 2014
Une production d’ESPACE GO

 

 

ÉCRIRE SUR LE QUATRIÈME MUR

Je souhaite déployer un geste artistique ample et lent.
Je souhaite  donner au mot résidence son sens littéral en m’installant au théâtre comme dans une demeure d’écriture.
Je souhaite déplacer le geste de l’écriture, changer d’axe et de perspective, pour conquérir de nouvelles libertés.
Je souhaite explorer les manières de rendre compte de la transformation, de l’effacement, de la progression de l’écriture, et rendre visibles les suppressions, les ratures, les corrections, de cette écriture mouvante.
Je souhaite m’engager dans un geste dont je ne connais pas encore la signification exacte, et demeurer à l’affût du surgissement de sens.
Je souhaite écrire « en transparence », sur des supports visibles, surdimensionnés, pour que le poème s’épanouisse dans l’édifice.
Je souhaite maculer les lieux de mots, en donnant une dimension sensible et matérielle à l’écriture.
Je souhaite que l’écrit soit ainsi « iconisé », et que les mots renvoient autant à leur image mentale, que graphique et acoustique.
Je souhaite que cette écriture, devenue inscription du langage, mette en relation l’éternité (traces de l’écriture) et l’instant (geste de l’écriture).
Je souhaite que l’écriture, devenue graphie, soit en lien avec l’espace, le temps et la durée.
Je souhaite enfin résister à la multiplication d’événements artistiques appelant chaque fois la promotion,  la rentabilité, le commentaire, en me concentrant sur une seule démarche évolutive.
Je propose donc d’écrire dans le hall d’ESPACE GO, sur des supports qui rendent l’écriture visible, 3 heures par jour, 3 jours par semaine, 3 mois par saison, pour 3 saisons.

Evelyne de la Chenelière

MUR MUR (e)
Texte : Evelyne de la Chenelière
Dramaturgie et mise en lecture : Daniel Canty

Mise en lecture et interprétation : Dany Boudreault + Evelyne de la Chenelière + James Hyndman + Julie Le Breton + Christiane Pasquier

Un spectacle d’ESPACE GO, Montréal,
créé dans le cadre de l’édition 2015 du Festival TransAmériques
Les 28, 29 et 30 mai 2015
Café-bar d’ESPACE GO

Un jour, au cours de catéchèse, on m’a dit que l’Éternité, ce n’était pas seulement pour toujours.
C’était aussi depuis toujours. Ça m’a bouleversée.
Le vertige de la perpétuité à rebours est bien plus grand que celui de la perpétuité à jamais.
C’est toujours, mais par en arrière et par en avant en même temps. C’est l’infini dédoublé.

– Evelyne de la Chenelière

 

Auteure marquante, ardente comédienne, Evelyne de la Chenelière a convié les spectateurs à un événement hors-norme, à une incursion dans ses écrits et dans l’imaginaire débridé d‘interprètes créateurs. Depuis septembre 2014, elle met en œuvre un véritable chantier d’écriture. Le long mur du café-bar du Théâtre ESPACE GO est envahi de sa poésie unique, de ses questionnements allègres, de sa singulière calligraphie. Un réel terrain d’expérimentation, un paysage littéraire recomposé au gré des interprétations personnelles de cinq comédiens invités. Le spectateur complice a alors assisté au dévoilement de ce mur vivant qui interroge la possibilité du recommencement.

À suivre…

L’ÉDIFICE DU LANGAGE

Entrer dans l’édificeLe théâtre est un édifice de mémoire, de rêve et de langage.
Je voulais y entrer.Je suis entrée par la fenêtre.
Je suis passée par Miron, Ducharme, Hébert, j’ai lu leurs mots à jamais gravés dans notre histoire.
J’ai eu envie d’y déposer quelque chose de moi, comme des œufs, comme des promesses d’oiseaux, d’insectes, de serpents.
Car, comment faire, après Miron, après Ducharme, après Hébert?
Comment faire sinon croire en l’éclosion?Je suis entrée par effraction.
J’ai forcé mon passage, j’ai décousu les phrases de mes maîtres, défiant leur autorité, j’ai prélevé sans gêne, à même l’édifice, les fragments qu’il me fallait pour édifier à mon tour, j’ai maculé les fenêtres de petites taches comme une piste, me prenant pour un animal sauvage, un loup, un chevreuil, un carcajou.
Car, comment faire, après Miron, après Ducharme, après Hébert?
Comment faire sinon croire en l’effraction?Je suis entrée à répétition.

Parce qu’on n’entre pas d’un seul coup ni tout entier dans l’édifice du langage. Il faut s’y reprendre à plusieurs fois. Il faut s’y cogner. Il faut recommencer.
Il faut retenter, il faut obstinément extraire, puis ajouter, brouiller, puis épurer, saccager, puisdégager, monter, puis démonter.

Parce que, après Miron, après Ducharme, après Hébert, je crois en la profusion, en la superposition, en l’oscillation, je crois au rythme imprévisible du désir, comme un cœur confus, mais vivant.

Evelyne de la Chenelière

Photos : Caroline Laberge et David Ospina